Vingt mille lieues sous les mers — Jules Verne

Vingt mille lieues sous les mers — Jules Verne


Il y a des livres qu’on croit connaître parce qu’on en connaît le nom, l’image, la légende. Le Nautilus, le capitaine Nemo, les fonds marins illuminés — tout cela est entré dans la culture collective bien avant que la plupart des lecteurs n’ouvrent la première page. C’est peut-être le destin singulier des chefs-d’œuvre absolus : être tellement présents dans l’imaginaire qu’on oublie de les lire. Vingt mille lieues sous les mers mérite mieux que cette familiarité de façade. Il mérite d’être lu — vraiment lu.

Publié en feuilleton entre 1869 et 1870, le roman commence par une énigme maritime : une créature étrange, phosphorescente, capable de briser la coque des navires les plus solides, sème la terreur sur tous les océans. Le professeur Pierre Aronnax, naturaliste au Muséum d’histoire naturelle de Paris, embarque pour en avoir le cœur net. Ce qu’il découvre — ce que Verne révèle au lecteur avec un sens du coup de théâtre parfaitement maîtrisé — n’est pas un monstre, mais une machine : le Nautilus, sous-marin d’une sophistication inouïe, propulsé par l’électricité, conçu et commandé par le capitaine Nemo.

Nemo est l’une des grandes créations de la littérature du XIXe siècle. Mystérieux, cultivé, habité par une haine farouche de la société des hommes, il a choisi l’exil volontaire sous les mers avec une radicalité qui n’appartient qu’aux figures véritablement romanesques. On ne sait pas d’où il vient. On ne sait pas ce qui l’a blessé à ce point. Verne maintient cette opacité jusqu’au bout — et c’est elle qui donne au roman sa profondeur philosophique, bien au-delà du récit d’aventures.

Car Vingt mille lieues sous les mers est plusieurs livres à la fois. C’est d’abord un roman d’aventures d’une richesse extraordinaire : les océans Pacifique, Indien et Atlantique, les glaces du pôle Sud, les ruines englouties de l’Atlantide, les calmars géants, les banquises meurtrières — dix mois de voyage qui ne connaissent pas un moment de relâchement. C’est aussi un traité de science maritime d’une rigueur qui impressionna les naturalistes de l’époque : Verne avait travaillé, documenté, vérifié. C’est enfin — et c’est peut-être ce qu’on retient le moins — un véritable poème de la mer, traversé d’un sentiment aigu de l’indicible, d’une mélancolie sourde qui sourd de chaque description des abysses.

Le Times avait surnommé Jules Verne le « Prince des conteurs ». Né à Nantes en 1828, mort à Amiens en 1905, il demeure le premier auteur français traduit à l’étranger, et le quatrième auteur le plus lu dans le monde toutes langues confondues. Ces chiffres ne disent pas tout — ils ne disent pas la prose, le rythme, l’intelligence du regard —, mais ils disent quelque chose d’essentiel : que Verne a touché quelque chose d’universel, une curiosité fondamentale pour l’inconnu et pour les limites de l’humain, qui ne date d’aucune époque parce qu’elle appartient à toutes.

Cette édition d’Athélis reproduit le texte intégral de l’édition originale, tel que Verne l’a écrit. La meilleure façon d’aborder un livre qu’on croyait déjà connaître.

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