La mort à venise

La mort à venise

Voici le texte :

La Mort à Venise — Thomas Mann
Nouvelle — 1912

Gustav von Aschenbach est un écrivain célèbre, vieillissant, respecté. Sa vie entière a été construite sur la discipline, la rigueur, le refus de tout ce qui déborde. Il est l’homme de l’œuvre accomplie, de la tenue irréprochable, de la volonté érigée en principe de vie.
Puis il part à Venise.
Dans un hôtel du Lido, il aperçoit Tadzio — un adolescent polonais d’une beauté parfaite, presque irréelle. Ce qui commence comme une contemplation esthétique, distante et silencieuse, se transforme peu à peu en une obsession qui ronge tout ce qu’Aschenbach a mis des décennies à construire. Il ne lui adressera jamais la parole. Il n’en aura jamais besoin. C’est précisément dans ce silence que Mann loge l’essentiel.
Autour d’eux, Venise se meurt doucement. Une épidémie de choléra progresse dans la ville, que les autorités s’efforcent de dissimuler pour ne pas ruiner la saison touristique. Aschenbach l’apprend, et choisit de ne pas partir. Ce choix-là dit tout.
La Mort à Venise est une méditation sur les forces que la raison et la culture ne peuvent indéfiniment contenir — le désir, la beauté, la mort, le vertige de la dissolution. Mann y convoque Platon, Dionysos, la tragédie grecque, sans jamais alourdir le récit : tout cela passe dans l’air chaud et moite de la lagune, dans la lumière qui se couche sur les canaux, dans le regard qu’un vieil homme pose sur un enfant qui ne le verra jamais vraiment.
C’est un texte bref, dense, d’une perfection formelle rare. Chaque phrase est à sa place. Chaque détail porte un sens. Mann n’explique rien — il montre, et c’est suffisant pour que le lecteur comprenne, avec un malaise qui ne le quitte pas de sitôt, ce que cela coûte de vivre toute une vie contre soi-même.

Nouvelle traduction de Georges Fernandes

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